Maryse Gattegno

Contrebassiste, bassiste et comédienne

Les contrebassistes qui me touchent

J’ai longtemps été une accroc de Dave Holland, capable de faire 1500 km dans le week-end (moi, pas lui) pour le voir sur scène. Le groove, la tourne, la maîtrise du son et de la métrique, et un accompagnateur hors pair.

J’ai une admiration sans bornes pour Marc Johnson. Un véritable albatros. Un poète. Ses lignes de basse sont un véritable massage des tympans, et ses chorus un miel aux milles parfums. Toujours en sensibilité et en écoute, pour moi, une référence.

Palle Danielsson parce qu’il est toujours dans une prise de risque, comme s’il se surprenait lui-même.

Bruno Chevillon, Matt Penman, Drew Gress ont tous des univers qui me parlent et me touchent, pour ne citer que ceux-ci…

La dimension intérieure

À un « certain moment », je me suis posé la question : « Mais….comment être une bonne musicienne ? » (question que je me pose sans cesse). La réponse m’a semblé se trouver à l’intérieur. Il y a certes l’apprentissage de la technique. Mais celle-ci ne devrait être qu’un outil de langage, permettant à l’émotion et au sentiment de prendre forme.

J’aime à imaginer le musicien comme étant un sculpteur de l’onde sonore… cependant, c’est une sculpture très fugace, le son émis n’est déjà plus dans l’instant qui suit. Alors que le bois et la pierre perdurent.
Et puis, dans un groupe, nous sommes plusieurs à prendre la parole en même temps, chaque instrument ayant sa fonction propre.

Donc à ce « certain moment » j’ai ressenti le besoin de lâcher prise par rapport aux contingences techniques (qui ne sont pas pour autant subalternes, je suis juste passée de « la technique pour la technique » à « la technique comme outil pour… »).

Lâcher prise sur « ça »… boooooon… Ok. Mais pour aller où ?

Légère panique… la technique c’est quand même un outil bien commode quand on n’ose pas s’exposer tel qu’on est…

Parce qu’exprimer l’être, le sentiment, aller puiser ce qu’il y a de précieux au fond de nous, sans craindre d’être bafoué, c’est un sacré chemin. Toutes les personnes engagées sur cette voie (artistes ou non) vous le diront. Et de plus, je pense qu’on n’a pas besoin d’être un artiste torturé pour avoir un discours qui touche.

Ce « certain moment » dure maintenant depuis quelques années, et la dimension intérieure s’est imposée au fur et à mesure du chemin comme étant une spiritualité de l’instant. L’honnêteté, l’humour, la tendresse pour qui nous sommes. Juste des humains en devenir d’êtres humains. Se relier de l’intérieur à une dimension magique, infinie, sans tomber dans un mysticisme à deux balles.

J’ajouterai à ça, de ma rencontre avec Jeff Ballard : « Nous sommes entrain de jouer ensemble, c’est une chose. Mais en fait, nous sommes entrain de fabriquer quelque chose de vivant ensemble, et c’est toute cette intention là que tu dois mettre dans ta musique ».

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